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Indépendant

Être designer graphique indépendant en 2019

L’envie de partager le fruit de mon expérience, de pouvoir échanger et sans doute aussi faire un bilan me poussent à publier cette série d’articles sur une thématique particulière : le statut de travailleur indépendant à travers le prisme de mon expérience de designer graphique, de photographe et de formateur.
Cela fait maintenant neuf ans que je suis graphiste freelance. Ces dernières années, le terme a évolué et l’intitulé s’est transformé en designer graphique notamment avec l’arrivée des nouveaux métiers et des anglicismes qui y sont associés : UX designer (Designer d’Expérience Utilisateur) / UI Designer (Designer d’Interface Utilisateur) / Ix Designer (Designer d’Interactions) etc. Designer graphique est donc la version française de Graphic Designer, terme aujourd’hui employé pour désigner un graphiste print et/ou web, selon ses spécificités.
Vous trouverez dans les lignes à venir à la fois mon parcours, ce que j’ai appris année après année sur moi, sur le statut et la condition d’indépendant ainsi que des informations plus générales.

Mon parcours de designer graphique indépendant

La genèse de mon activité de freelance

Après avoir passé une petite année en formation chez Marcorel, je suis devenu designer graphique print et web. Et je me suis lancé dans la foulée en tant qu’indépendant grâce aux premières commandes que me passait l’agence Backstory, agence spécialisée UX design. Celle-là même où je venais d’effectuer deux mois de stage intenses et enrichissants, venus compléter et parfaire ma formation académique. Je ne remercierai jamais assez Corinne Moreau, sa fondatrice et dirigeante, pour tout ce qu’elle a su me transmettre.

Depuis lors, c’est un chemin que je trace et découvre jour après jour, toujours surprenant et rempli de changements. Et le changement est selon moi une véritable opportunité de se renouveler, oser, innover et faire différemment.

De designer graphique à Paris…

Durant mes cinq premières années d’activité, je vivais à Paris. Les 18 premiers mois furent un brin difficile. J’ai même dû prendre un travail salarié à côté pour pouvoir m’en sortir. Je n’étais pas suffisamment préparé et j’avais du mal à comprendre les véritables enjeux. De l’idée romantique à sa réalisation, j’ai senti un écart.

Mais avec le temps, mon activité a commencé à se développer. Plusieurs atouts ont joué en ma faveur : le réseau que j’avais constitué et le bon référencement de mon site web m’ont permis d’attirer de nouveaux clients. J’ai alterné les projets photographiques, les projets web et les travaux print en faisant tout de même plus de web, du design des maquettes à l’intégration du site. Enfin, la dernière année, en plus de mon activité de freelance, j’ai travaillé quelques mois de nouveau pour Backstory.

Puis j’ai déménagé.

…À designer graphique à Chambéry

Aujourd’hui, je vis en Rhône-Alpes depuis 2015. C’est un choix avant tout personnel. J’ai eu besoin de m’éloigner de Paris et de son environnement.

Mais voilà, délocaliser mon activité dans un endroit que je ne connaissais pas comportait certains risques. Et s’implanter ailleurs et continuer de vivre sur mes acquis (mes clients parisiens) m’a amené des complications certaines qu’il m’a fallu affronter. La principale : trouver des clients sur ce nouveau territoire en province.

L’apprentissage ou la conquête de nouveaux marchés

On lit souvent que les difficultés sont un bon apprenant. Elles sont sans doute le meilleur à mon sens. Alors passé la phase de constat, il fut important d’aller ensuite de l’avant et de mener des actions pour avancer. Cela ne veut pas dire que les actions réalisées ont toutes portées les fruits escomptés. On ne peut jamais savoir à l’avance. Mais ce n’est pas parce qu’une porte est fermée qu’elles le sont toutes. À nous de découvrir lesquelles sont ouvertes et de choisir ensuite si elles nous intéressent.

Du coup, j’ai commencé par aller travailler régulièrement dans un environnement urbain : j’ai choisi la ville de Chambéry et son tiers-lieu : Le Mug, un espace de coworking situé en plein centre-ville. Là-bas, j’y ai rencontré des indépendants, des chefs d’entreprises, des salariés, des personnalité de tous horizons. Avec le temps, certains sont devenus des clients. D’autres des amis.

En plus d’y travailler, j’y ai organisé des expositions photo mais également des journées portraits photo à destination des coworkers et des entrepreneurs. De plus, je fais à présent partie des experts du Mug Business dans mes domaines de compétence : design graphique, présence digitale et photographie.

J’ai par ailleurs intégré quelques mois un réseau d’entrepreneurs entre Lyon et Chambéry et participé au salon du mariage de Grenoble, en 2017. Et puis je démarche quand j’ai un peu de temps devant moi, mailing, phoning, RDV…

Le designer graphique indépendant est un entrepreneur

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Être indépendant, ce n’est donc pas simplement bien faire son métier. C’est être à la tête d’une entreprise, personnelle certes, mais comprenant tout un ensemble de missions en dehors de son métier principal.

Les missions de l’entrepreneur

Je peux citer dans le désordre :

  • Réaliser des devis et autres propositions commerciales
  • Écouter ses clients, les comprendre et leur apporter la meilleure réponse à leur(s) besoin(s)
  • Promouvoir et diffuser son travail sur le web via son ou ses sites professionnels et les réseaux sociaux
  • Développer son propre réseau professionnel et participer à des évènements
  • Prospecter et démarcher pour trouver de nouveaux clients
  • Penser à se former continuellement notamment grâce aux aides des OPCA de type Afdas
  • Définir ses objectifs commerciaux, financiers etc. à court, moyen et long terme, ce que l’on nomme plus largement stratégie d’entreprise
  • Prévoir des actions d’investissements pour l’année en cours et à venir en fonction de ses objectifs
  • Faire ou faire faire la comptabilité et le suivi administratif
  • Réaliser une veille concurrentielle afin de rester attentif à ce que proposent ses concurrents
  • Faire une veille commerciale, administrative, métier et technologique pour renforcer sa position sur son marché
  • Et accessoirement faire le travail pour lequel on s’est formé !

Le marketing, clé de voûte de l’entrepreneur

Pendant longtemps, je n’ai pas réalisé qu’il s’agissait des piliers fondamentaux du marketing. Je faisais certaines actions sans mettre les mots « stratégie », « communication » etc. Tout simplement parce que je ne voulais pas entendre ces mots-là. J’étais designer graphique indépendant mais pas chef d’entreprise. Je faisais des maquettes web, des logos, des portraits photographiques, des reportages mais loin de moi l’idée d’être un entrepreneur. J’étais un créatif. Pas un commercial, ni un as du marketing.

Et pourtant j’ai compris que sans ces outils, sans cet état d’esprit, un jour où l’autre mon activité principale, celle que j’aime, pouvait se voir menacée. Parce qu’il y a beaucoup de monde sur le marché, parce qu’un client peut changer de stratégie, parce que Google peut changer son algorithme de référencement etc.

Gestion d’entreprise

Offres, cibles et tarification

En tant qu’entrepreneur, il est capital de connaître le marché sur lequel on exerce et d’avoir un catalogue d’offres associé à des tarifs. Ces mêmes tarifs n’ont rien de fantaisistes et sont bien en-dessous de ceux pratiqués par les agences. Ils sont fonctions de notre expertise, notre expérience aussi, notre lieu de résidence (il y a une différence réelle entre les prix que je pratiquais à Paris et ceux acceptés ici en Rhône-Alpes), nos cibles et bien-sûr nos charges. Car ces mêmes charges et l’ensemble des investissements permettent de mettre en perspective plusieurs choses.

La première est de proposer un prix juste en rapport avec la qualité de son travail et son niveau d’expérience. La seconde permet de dénoncer des devis et autres propositions commerciales trop faibles venant pénaliser la profession et décrédibiliser les entreprises exerçant leur métier de façon professionnelle. Ces paragraphes feront office de pédagogie. Enfin, dernier point : le positionnement de son entreprise sur le marché. On peut travailler à la fois pour des agences et aussi pour des auto-entrepreneurs ou micro-entrepreneurs. Les attentes et les budgets étant différents, l’offre et par conséquent les tarifs s’adaptent.

Charges

Un des dangers, tout au moins les premièrs temps est de dépenser les règlements clients dans leur totalité en pensant qu’il s’agit de bénéfice net alors qu’en réalité c’est un chiffre d’affaire brut duquel il est capital de déduire :

  • Les cotisations de la Maison des Artistes ou de l’Agessa
  • La retraite complémentaire type IRCEC
  • La mutuelle type wemind
  • L’assurance responsabilité civile professionnelle comme celle proposée par la Maaf
  • L’assurance prévoyance en cas d’arrêt maladie
  • L’hébergement de son site web ou sa boutique en ligne type OVH
  • La cotisation à un groupement professionnel type Studio Hans Lucas
  • La possible adhésion à un groupe d’entrepreneurs
  • Son électricité
  • Sa connexion internet et son abonnement téléphonique
  • Ses frais postaux
  • Ses frais de transports dont essence et assurance
  • La location d’un espace de travail de type coworking comme Le Mug de Chambéry (bientôt un article consacré au coworking dont je suis adepte depuis trois ans !)
  • Les impôts sur le revenus
  • La CFE pour certains

Il apparait donc essentiel d’avoir en tête quelle est la partie financière qui ne nous appartient pas, de façon à ne pas la dépenser.

Investissements et amortissements

Je n’ai pas encore parlé d’amortissement ni d’investissements initiaux, deux autres piliers d’une entreprise. Car avant même de débuter son activité, il faut s’équiper, prévoir et anticiper la dépréciation de ses investissements initiaux de façon à pouvoir les remplacer le moment venu :

  • Un bureau
  • Une chaise (de qualité ! le dos est primordial)
  • Un ordinateur avec mémoire RAM et processeur puissants
  • Un écran calibré avec une sonde colorimétrique
  • Un ou plusieurs disques durs de sauvegarde voire même un serveur NAS que propose notamment Synologie ou encore une solution Cloud
  • Des logiciels professionnels type Creative Cloud Adobe, Sketch etc.
  • Des logiciel de bureautique type Excel, Word, PowerPoint version Microsoft ou Open Source.
  • Une ou plusieurs bibliothèques de typographies
  • Une tablette graphique pour le dessin
  • Une souris ergonomique
  • Une imprimante
  • Un nuancier

Sans oublier de l’inspiration et une veille métier en pensant notamment à :

  • S’abonner à un magazine de type Étape
  • Consulter et investir dans des ouvrages de références en matière d’inspiration graphique
  • Un agrégateur de flux RSS type feedly permettant de suivre les actus métiers et environnement métier

Gestion du rythme de travail

S’astreindre à des journées et des heures de travail est essentiel. Cela permet d’être en phase avec ses clients, la plupart travaillant du lundi au vendredi de 9h à 18h. Avoir un périmètre de travail avec des contours francs permet tout autant de se rassurer sur son effort de travail que de garder une vie personnelle, elle aussi essentielle à son équilibre et sa stabilité.

Tout comme il est essentiel de comptabiliser toutes ses heures sur chacune des missions sur lesquelles on travaille. Ça permet de connaître à terme son niveau de productivité et de proposer des devis de plus en plus fins et adaptés à des demandes particulières.

Comment diversifier les risques ?

Le risque principal pour moi fut de dépendre d’un client majoritaire, créant une dépendance économique. Avec le temps, j’ai appris à diversifier ce risque. Pour plusieurs raisons simples :

  • Tout d’abord parce que c’est un modèle économique fragile. Si un jour ce client se détache, ce qui m’est arrivé par deux fois, l’activité et donc la solvabilité sont mises à mal. Et pourtant, qu’il fut confortable d’avoir un client important qui stabilisait mes revenus.
  • Ensuite, ça prive de diversité en terme de projets, de rencontres, de créativité et donc au final d’oxygène.

Ayant vécu cela et parce que je n’ai jamais voulu choisir entre le print, le web, la photographie, j’ai fait le choix d’avoir trois activités différentes et complémentaires.

Je précise que c’est un choix personnel. J’aurai pu me spécialiser dans un seul et même domaine et acquérir de plus solides compétences. Mais j’aime la diversité. Se spécialiser ou non est un choix stratégique qu’il est important de formaliser selon son caractère, ses envies et ses nécessités.

Design, photographie et formation

Je suis actuellement designer graphique web et print à Chambéry, photographe professionnel partout en France disponible pour portraits et reportages ainsi que formateur spécialisé dans l’utilisation du logiciel Adobe Photoshop à Paris et à Chambéry où je propose des formations photographiques à la carte. J’ai donc trois activités complémentaires qui me permettent d’avoir une stabilité professionnelle. J’ai fait le choix de ne pas me spécialiser lorsque tout le monde à mes débuts m’encourageait à le faire (agences, indépendants etc.).

Et je suis satisfait de ce choix. Mais plus qu’un choix, c’est avant tout une évidence. J’aime la diversité, j’aime explorer et j’aime tous mes métiers. Cela me permet de changer de spectre très régulièrement et de ne pas être enfermé dans un unique moule. Bien-sûr, j’aime particulièrement le design graphique et c’est une passion grandissante. Et je vais aller plus loin, j’aime la direction artistique.

Ainsi, lorsque je vois sur le marché de la photographie le nombre de photographes professionnels de qualité, je suis aujourd’hui à la fois soulagé et satisfait de ne pas avoir tout misé sur ce domaine en particulier.

Les enseignements

Après 9 années d’existence en tant qu’indépendant, voici une liste non exhaustive de ce que j’ai appris et compris :

  • S’adapter continuellement est une nécessité car l’écosystème tout autour évolue en permanence.
  • Être polymorphe et multi-compétent permet de pouvoir durer dans le temps en diversifiant les risques.
  • Toutes les actions menées vont dans un seul et même but : pérenniser l’ensemble des activités.

La gestion du temps

Au-delà de l’angoisse de la feuille blanche propre au métier même de designer, un des aléas lié au statut d’indépendant est la gestion des temps forts et des temps faibles. Les temps forts apportent souvent leur dose de stress et de nuits courtes en raison d’un excès de travail. Les temps faibles, apportent paradoxalement les mêmes conséquences, stress et nuits courtes mais à cause d’un manque de travail. Avec les années, on apprend à gérer ce stress et combler les périodes creuses pour :

  • Prendre du temps pour soi pour lâcher-prise
  • Aller à des expos et dans ses musées préférés
  • Chercher de nouvelles idées
  • Faire de la veille
  • Se former
  • Démarcher et prospecter
  • Faire des actions de communications de type newsletter

Le plus beau métier du monde

Alors tout cela n’est possible que pour une seule et même raison : l’amour et la passion de ce que l’on fait. Parce qu’une partie de nous travaille H24. Que les week-ends, jours fériés, RTT, vacances deviennent des notions flous et incertaines. Que les courtes nuits et les angoisses ne se comptent plus.

Par contre, quel bonheur de construire son environnement de travail quotidien. Quel bonheur de faire son métier sans concession, de baliser le territoire de ses propres limites, d’apprendre à dire non lorsque ça devient inacceptable et ouiiiiiiiiii lorsque l’on nous propose un nouveau défi. Quelle joie d’apprendre. Quelle liberté de construire son entreprise à son image et de la voir grandir.

Au final, il appartient à chacun de définir et construire sa vie professionnelle. On ne peut savoir à l’avance ce qui nous conviendra. Alors il convient donc de faire des choix, de les vivre et de rectifier lorsque c’est nécessaire. Croire et vouloir. Ces deux mots ont un sens bien particulier. Les années passées leur ont donné une valeur particulière (clin d’œil à toi). À chacun son rythme. À  chacun son chemin. Et à chacun son style de vie. Car être indépendant est avant tout un style de vie.

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Le mot de la fin

Cet article a été écrit tout au long de l’année 2018 et début 2019 pendant mes temps faibles. C’est mon tout premier. Je l’ai fait dans le but de partager mon expérience et d’échanger avec vous et de l’enrichir. N’hésitez pas à interagir et me parler de votre propre expérience d’indépendant.

Qu’avec-vous appris avec les années ? Êtes-vous retourné travailler en entreprise ? Qu’est-ce qui est ou fut le plus difficile selon vous dans ce schéma de vie professionnelle ? Quels seraient vos conseils à ceux qui débutent ?  Le débat est ouvert pour celles et ceux qui le souhaitent.

Le prochain article parlera du coworking. RDV à l’été.

Je vous remercie pour votre attention !

Crédit photo : ©Pixraw

À propos de l’auteur

Guillaume Nédellec

Diplômé d’une école de design graphique en 2010, je suis directeur artistique print et web, graphiste indépendant à Chambéry ainsi que photographe professionnel. J’exerce l’essentiel de mes activités entre l’Isère, la Savoie et Paris. Membre du Studio Hans Lucas et convaincu par les nouvelles formes d’écritures, j’ai orienté en 2016 une partie de mes travaux vers le multimédia.

https://www.gui-n.com

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